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Journée de l'Architecture et de l'Urbanisme Neuchâtel VEN. 10 MAI 2019 Patinoires du Littoral
Neuchâtel
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John Howe

Né en 1957 à Vancouver, a grandi en Colombie britannique. Etudie aux Écoles des Arts Décoratifs de Strasbourg. Vit en Suisse en tant qu’illustrateur freelance, avec sa femme Fataneh (également illustratrice) et leur fils Dana (qui sait ce qu’il sera, mais il joue terriblement bien de la guitare classique).


Sur le mur du salon, il y avait une représentation au crayon du Château de Chillon, près du Léman, dessinée par ma grand mère lorsqu’elle avait 19 ans, avant qu’elle n’embrasse la carrière plus acceptable de maîtresse d’école et ne dessine plus de toute sa vie…

Je ne me rappelle pas d’un temps où je ne dessinais pas. Ma mère faisait de son mieux pour m’aider lors des tentatives les plus ambitieuses, mais aux alentours de l’école primaire, ses talents de dessinatrice ne correspondaient plus à mes attentes. Je me rappelle mes larmes de frustrations après que nous ayons tous les deux échoué dans notre tentative de dessiner une vache comme je le désirais.

L’école elle même était un plaisir mitigé; il semblait que nous déménagions toujours au mauvais moment de l’année, et j’ai fini en atélier de mécanique automobile, détestant chaque minute, puisque naturellement, les non-académiciens, trop “mous” même pour l’atelier de travaux sur métal étaient déjà parqués dans les classes d’art… C’était un avantage en biologie par contre, où un ami et moi faisions des croquis rapides et plutôt créatifs d’organismes aquatiques microscopiques pour nos camardes plus riches et moins artistes… pour 50 cents la copie.

Je collectionnais des livres de poche pour leurs couvertures, et je lisais même leur contenu. Frank Frazetta avait le statut de demi-dieu, et faisait l’objet de douzaines de copies au pastel gras. Ceci se passait avant les éditions Ballentine, ses peintures n’étaient donc disponibles que sur des couvertures de livres. Il n’y avait pas une pile de livres d’occasion moisis qui ne soit retournée. A la même période, le “Conan” de Barry Smith et “Swamp Thing” de Bemi Wrightson, signifiaient des visites aux drugstores dans les quels je ne risquais pas de tomber sur quelqu’un que je connaissais, en train d’acheter des “comics” pour enfants si tard dans l’adolescence.

C’est à ce moment que j’ai lu Le Seigneur des Anneaux, d’abord “Les deux tours” puis “Le retour du roi”. Il semblait que tout ceux qui lisaient le premier volume n’allaient jamais au delà, car c’était de loin le plus emprunté des trois. J’ai du attendre des mois pour l’obtenir. La véritable étincelle est venu des calendriers, qui me démontrèrent que l’on pouvait l’illustrer. Je passai en revue le calendrier Hildebrandt, réalisant mes propres versions des mêmes scènes. Heureusement aucune de ces versions n’a survécu, quoiqu’il y ait une boîte très poussiéreuse quelque part sous un lit…

Une année après le baccalauréat, j’étais dans un collège de Strasbourg (France) puis l’année suivante à L’École des Arts Décoratifs.

La première année s’est passée à ne pas comprendre grand chose, la seconde en brouille avec ce que je pouvais comprendre et la troisième à vouloir sortir de là, quoique avec le recul je dois probablement ce que je possède de clarté de pensée à la patience de mon professeur d’illustration.

Ceci mis à part, mes premières années en Europe furent une overdose constante de toutes formes d’art et d’architecture, tout cela étant à la fois nouveau et antique. Tout cela à rattraper. Rien de ce que j’ai fait ces années là n’a survécu, Dieu merci, car je jetais scrupuleusement le tout à la poubelle à la fin de chaque semestre avant de rentrer à la maison vers le job estival qui me payerait les taxes de l’année suivante. La seule exception est probablement le “lieutenant de la tour de Barad-dûr”, qui, si ce n’est pas première pièce publiée, est sûrement la plus ancienne.

Il me semble que beaucoup de mes premières vraies commandes furent des cauchemars – des caricatures politiques, des illustrations de magazines, des bandes dessinées, des dessins animés, de la pub – recommençant une couverture sept fois, refaisant des croquis tant de fois qu’il n’y restait rien de moi, me demandant comment diable je m’étais retrouvé dans cette profession. Au grenier se trouve une grande boîte soigneusement scotchée et marquée NE PAS OUVRIR (JAMAIS!!!) au gros feutre. Honnêtement je n’ai pas envie de le faire.

L’autre jour j’ai emmené un ami visiter le château de Chillon. Il est assez facile de retrouver l’endroit où se tenir dans le tableau de ma grand-mère. Je me demande si nous faisons jamais de choix personnels – tant d’années et de miles pour finir dans une peinture qui a toujours été là au mur.

Expositions personnel

Une exposition c’est un peu comme être sur une corde raide, parfois on est en confiance, parfois on le prend avec trépidation. Pour un illustrateur c’est une façon d’outrepasser la transition, autrement obligatoire, par la publication, une façon de redonner à l’œuvre une dimension géographique, ce qui ajoute à la motivation. (Ca veut dire qu’il faut de fait sortir de sa maison pour aller voir les œuvres…) D’une manière générale cela remet le public en perspective, ce n’est plus le public en grande partie abstrait, que l’on devine derrière des chiffres de vente et des relevés de droits d’auteur. C’est le plaisir de rencontres fortuites, la satisfaction de voir son propre travail dans un cadre au mur. C’est un moment privilégié.

  • Galerie Librairie La Marge, Lausanne, (Switzerland) December 1983
  • The Pendragon Gallery, Annapolis, Maryland, August 1991
  • Festival de la Bande Dessinée de Sierre, Sierre (Switzerland) June 1995
  • La Bibliothèque des Jeunes, Le Locle (Switzerland) Oct/Nov 1995
  • Librairie-Galerie Repères et Merveilles, Bienne (Switzerland) 1995
  • Festival du Livre de la Jeunesse, Troyes, (France) September 1996
  • Galerie Ziggourat, Brussels, 1997
  • Musee des Beaux-Arts du Locle, Le Locle (Switzerland) May 3 to June 22, 1997
  • John Howe/Images de Tolkien:
    - November 7 to December 30, 1995 – Médiathèque de Saint-Herblain (Nantes)
    - January 17 to March 9, 1996 – Les Silos, Chaumont
    - March 22 to April 21, 1996 – Maison du Boulanger, Troyes
    - September 19 to October 26, 1996 – Médiathèque d’Epernay
    - January 9 to February 7, 1997 – École des Arts Décoratifs de Strasbourg
    - February 25 to March 22, 1997 – Médiathèque de Sedan
    - April 1 to 13,1997 – Revin (Association Lire Malgré Tout)
    - April 30 to May 4, 1997 – Salon International du Livre et de la Presse, Geneva
    - September 20 to October 19 and November 19 to December 28, 1997 – La Maison d’Ailleurs, Yverdon-les- Bains (Switzerland)
    - October 24 to November 16 1997- L’Epée d’Eowyn/Rencontres Tolkien, Sierrre (Switzerland)
  • Ecailles, Ailes, Griffes et Feu/Illustrations for A Diversity of Dragons – La Maison d’Ailleurs, Yverdon-les- Bains (Switzerland) October 21 to November 16, 1997
  • Librarie La Bulle – Fribourg (Switzerland) November 24 to December 15, 2000
  • Les Etonnants Voyageurs – Saint-Malo (France) May 2001
  • Lucca Comics and Games – Lucca (Italy) 2001
  • John HOWE/ Sur les Terres de Tolkien
    - September 27 to October 2002 – Médiathèque le l’Agglomeration Troyenne, Troyes
    - October 30 to November 3, 2002 – Utopiales (Festival International de Sciènce-Fiction de Nantes), Nantes
    - November 29 to December 1, 2002 – Festival Rifl Act Fiction, Lyon
    - December 10, 2002 to January 11, 2003 – Canadian Cultural Center, Paris
    - March 29 to April 5, 2003 – Rencontres Tolkien, Bibliothèque de l’Université Rennes 2, Campus Villejean, Rennes, France
    - May 6 to 31, 2003 – Bibliothèque Municipale, Charleville-Mézières, France
    - July 1 to 7, 2003 – Neuchâtel International Fantasy Film Festival, (Theatre du Passage), Neuchâtel, Switzerland
    - September 29 to November 9, 2003 – Gruyères, (Gruyères Castle), Switzerland
    - January 3 to 25, 2004 – Médiatheque, Annecy, France
    - February 7 to 28, 2004 – Médiatheque, Châlons-en-Champagne, France
    - March 9 to 27, 2004 – Médiatheque, Saint-Nazaire, France
  • John Howe: Lord of the Brush / Le Seigneur des Pinceaux
    - Embassy of Canada Prince Takamado Gallery, Tokyo – February 27 to March 31, 2006
  • John Howe: Périples en Terre du Milieu, Médiathèque de Bourgoin-Jallieu, Bourgoin-Jallieu, France – April 17 to May 12, 2007
  • John Howe 2007: Saint-Ursanne La Fantastique, Saint-Ursanne, Switzerland – June 23 to September 2, 2007 (Exhibitions, concerts, conferences, installations, etc.)

Le dernier mot

J’ai rencontré John pour la première fois sur un vol de Singapour Airlines pour la Nouvelle-Zélande en janvier 1998. Nous avons parlé de nos manières d’approcher l’illustration de Tolkien et John parlait avec passion du besoin de construire le fantastique sur un fondement d’authenticité.

Il mentionna également qu’il avait apporté quelques objets de sa propre collection d’artefacts médiévaux et de re-créations qui serviraient d’inspiration et de référence. Je l’attendis à l’aéroport d’Auckland et il émergea enfin, son chariot chargé de piles de boîtes contenant ses boucliers, épées et armures, portant son arc à l’épaule. Je demandai: “Mais John, où est ta valise?” nous jetâmes un coup d’œil à travers le portique de sortie et nous la vîmes posée, seule au milieu du bureau des Douanes, mais il y avait un panneau “passage interdit” et un grand type ressemblant à un policier monté canadien entre nous et la valise. Il fallut à John une bonne demi-heure pour négocier le retrait de l’objet à l’allure sinistre tandis que je gardais son arsenal d’armes médiévales, à quelques minutes près nous rations notre vol pour Wellington.

Ainsi commença notre amitié et notre participation à l’aventure de la création de l’aspect des Terres du Milieu pour la trilogie filmée du “Seigneur des Anneaux” de Peter Jackson. Nous partagions un studio chez Weta avec les autres dessinateurs de Richard Taylor, dessinateurs de créatures, d’armures et d’armes, ainsi que de la longue liste de miniatures qui allaient être créées pour les films. Il y avait beaucoup de discussions entre nous, Richard et Grant Major, le “production designer” et bien sûr Peter, qui nous encourageait toujours à avoir un regard neuf sur des choses que nous avions tous deux dessiné de nombreuses fois auparavant.

Nos travaux semblaient se répartir naturellement, John se concentrant sur les aspects les plus sombres des Terres du Milieu, les bêtes féroces, le Balrog, Barad-dûr, Minas Morgul, les Portes Noires etc.. , pendant que je me tenais principalement sur le côté le plus sûr de l’Anduin. Il y eu cependant des exceptions et les dessins de John pour le bac de Châteaubouc, l’auberge du Dragon vert et les superbes détails du décor de Cul-de-Sac plairaient même au plus éclairé des hobbits.

John est très productif, produisant des dessins superbes dans les brèves périodes durant lesquelles son métabolisme turbo chargé lui permet de rester assis – puis il court à l’armurerie Weta et revient une demi-heure plus tard avec une poignée de flèches “orquesques” qu’il vient de forger. Cette énergie peut être retracée dans beaucoup de ses dessins, ici un Gollum, ou un cavalier noir, un pommeau pour l’une des magnifiques épées qu’il a dessinées et un dessin préparatoire pour l’antre de Shelob, par exemple, se disputant la place sur une même feuille de papier. Les après-midis étaient ponctués du fracas occasionnel des armes tandis que John et les armuriers se livraient des duels impromptus dans la cour de Weta.

La connaissance de John du monde médiéval fut une inspiration pour nous tous qui travaillions à ses côtés, et sa passion pour l’authenticité des armes, des armures et styles de combat, forgées par son expérience d’illustrateur et sa longue implication dans les reconstitutions médiévales, se refléteront dans beaucoup de scènes les plus dramatiques des films.

Ses peintures saisissent toujours les moments les plus vivaces. Les détails et la portée de ses images sont toujours impressionants, portant le regard des spectateurs toujours plus haut. Il est un véritable expert gothique dans son art, et dans la vivacité de son esprit, sa curiosité insatiable et son amour authentique des valeurs de la chevalerie autant que de ses apparats.

Je crois que John aurait été parfaitement heureux en tant que scribe médiéval, couvrant les marges de ses manuscrits d’une sauvage multitude de dessins vibrants, ou en tant qu’artisan travaillant tout en haut d’une tour de cathédrale à la création d’un infini réseau de créatures et de personnages mais, heureusement pour nous son œuvre touche un public plus vaste au travers de ses livres et concepts de films.

Son amour et son respect pour le monde de Tolkien transparaît dans la force imaginative de ses illustrations et dans l’intégrité qu’il apporte à tous les aspects de son travail de design. De grandes étendues des Terres du Milieu ont été pensées au travers des impressionnantes structures de John. Son Barad-dûr, entr’aperçu à travers des nuages de vapeur tourbillonnantes, sera une image persistante dans bien des esprits, comme le sera son Gandalf marchant d’un pas décidé dans la Comté.

Cette image, et quelques précieuses photos me rappelleront une facette des plus plaisante de notre expérience en Nouvelle-Zélande: explorant les collines, les forêts et les montagnes cherchant de possibles lieux de tournage. J’ai retrouvé la forme en essayant de suivre Peter Jackson, mais John était partout à la fois – une petite silhouette debout sur un rocher à pic sur la gauche, puis une forme marchant d’un bon pas le long d’un coteau sur la droite, des troupeaux de moutons s’éparpillant devant lui tels des orcs devant Anduril. Il absorbait son expérience avec une telle délectation que je ne pouvais que m’en émerveiller. Je me réjouis de voir comment cela se manifestera dans son travail ultérieur.

Alan Lee

 

  • Vendredi 10 mai 2019
  • Patinoires du Littoral
  • 2000 Neuchâtel
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